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Reza

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More Informations : Rezaphotography.org
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01/ Une phrase pour vous présenter ?
Je suis un témoin visuel du monde.
02/ Comment décrieriez-vous votre travail ?
Je suis un conteur. Mon travail consiste à porter la voix de ceux qui n’en ont pas. La photo, en réalité, est un moyen de créer un lien entre les êtres humains, entre un individu et l’ensemble de l’humanité, entre l’humanité et un individu. Selon moi, la photographie est un médium.
03/ Quels photographes admiriez-vous à vos débuts ?
Au début, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la photographie, en Iran, à l’âge de 13 ans, 14 ans, je n’avais aucune connaissance en la matière. Les livres ou les magazines de photo n’existaient pas à Tabriz. Le seul photographe que je connaissais était celui qui tirait le portrait des gens, dans la ville. J’allais souvent regarder les photographies qu’il présentait dans la vitrine de sa boutique. Plus tard, quand j’ai commencé à m’intéresser à la photographie d’auteur, je savais déjà que l’image était un vrai outil de connexion entre les êtres. Je n’ai eu connaissance des revues de photos que tardivement. Je crois que j’avais 26 ans quand j’en ai eu une entre les mains pour la première fois. Ça faisait déjà 12 ou 13 ans que j’étais photographe. Mais c’est le travail de Eugène Smith qui a d’abord retenu mon attention. Evidemment, Cartier Bresson… c’était le cadrage, le moment… en voyant ses photographies je me disais, « c’est comme ça que j’ai envie de faire ». Mais chez Eugène Smith, c’est le contenu qui me plaisait, son engagement humaniste. Chez Cartier Bresson, je retenais plutôt le cadre, la forme, la composition, sa sensibilité poétique.
04/ Quels ont été vos mentors, les professionnels qui vous ont aidé à vos débuts
La personne qui m’a vraiment ouvert sa porte lorsque je suis arrivé d’Iran, qui m’a compris, qui a regardé mes images, c’est Goskin Sipahioglu, le fondateur et directeur de l’agence Sipa. Une autre personne qui a cru en mon travail, c’est Arnold H. Drapkin, l’ancien directeur de la photographie de TIME Magazine, à New York. A peine avait-il vu quelques unes de mes photographies qu’il m’appelait pour m’offrir un contrat avec TIME, puis LIFE. Enfin, la troisième personne, c’est Elie Rogers, le directeur de la photographie de National Geographic Magazine.
05/ Les photos ou la collaboration dont vous êtes le plus fiers ?
Un projet dont je suis fier est celui auquel j’ai collaboré avec l’Unicef et la Croix Rouge internationale en 1995, dans un camp de réfugiés au Congo (RDC), après le génocide au Rwanda. Lors de la fuite massive des Hutu vers le Congo, par peur des représailles des Tutsi, 27000 enfants ont été séparés de leurs parents. L’Unicef et la Croix Rouge internationale ont alors lancé un programme de recherche par l’image pour tenter de réunir les familles éclatées. Nous avons formé le personnel et les gens du camp aux rudiments de la photographie et 12000 portraits d’enfants ont été réalisés. Exposés dans chaque camp, ces portraits ont permis à 3500 enfants de retrouver leurs familles…grâce à la photo. Cet exemple montre une utilité « directe » de la photo. Mais parfois, nos photographies peuvent aussi avoir des conséquences indirectes. On ne les mesure pas, on ne les connaît pas…sauf quand, parfois, quelqu’un nous apprend plus tard les retombées d’une de nos images. En 1983, au Liban, c’était la guerre. J’étais dans le camp palestinien de Nahr el Bared, au Nord du pays. J’ai pris des photographies d’une famille dont la maison venait d’être bombardée. Il y avait des enfants de bas âge, 5 ans, 7 ans. Deux frères ont été touchés. L’un est mort sur un brancard, l’autre a du être amputé. Quelques semaines après, un groupe de médecins est arrivé de Norvège avec tout le matériel pour installer un hôpital d’urgence pour enfants. Quand je les ai rencontrés, ils m’ont montré un journal norvégien et m’ont dit « c’est grâce à cette photo qu’il y a eu une prise de conscience des gens en Norvège et qu’on a pu lever des fonds pour monter ce projet ». Il s’agissait de la photographie des deux frères, que j’avais prise quelques semaines auparavant. Ça, je suis sûr que ce sont des choses qui doivent arriver avec certaines photographies mais dont on ne connaît pas l’étendue, sauf quand quelqu’un nous dit « tiens j’ai fait ça grâce à telle photographie ».
06/ Quelle est la chose la plus difficile dans ce métier?
Le plus difficile est dans la rédaction : c’est de convaincre les éditeurs de l’importance des sujets que nous avons ou voulons traiter. La vraie guerre est dans la rédaction, pas sur le terrain. En étant sur le terrain on sent l’importance de ce qui va se passer, de ce qu’il est important de dire. C’était le cas pour le génocide au Rwanda. Presque deux ans avant, nous étions une petite poignée de journalistes à pressentir les événements et à tenter en vain d’alarmer les médias. Malheureusement, les massacres étaient déjà programmés…
07/ Qu'aimeriez-vous qu'on retienne de vous ?
Mes photographies et mes actes. Quand je dis mes actes, ce sont mes actes humanistes évidemment.
08/ Votre plus beau et pire souvenir en tant que photographe
Je crois que la vie est faite de joie et de souffrance mêlées. Il n’y a pas de plus beau ou de plus mauvais souvenirs. Il y a la vie. Le mal et le bien sont constants en nous.
09/ Chaque photo a une histoire. Quelle anecdote adorez-vous à propos d'une photo que vous en soyez l'auteur ou non ?
Dans le photojournalisme, il faut accompagner les images de légendes. Certains disent que mes photos n’ont pas besoin de légendes, qu’elles parlent d’elles même… Je ne suis pas contre cette affirmation, mais c’est une autre forme de photographie. Dans le domaine du photojournalisme, il faut des légendes. Un bon exemple est la photographie de la petite fille de Sarajevo. Quand on la regarde, on peut, à première vue, passer à côté du sens, ne pas vraiment le saisir. En matière de photographie, cette image n’est pas très forte. Il faut vraiment connaître le langage de l’image, interpréter la gestuelle de la petite fille. Sentir le désespoir dans son regard, dans sa façon de s’adosser au mur. La composition n’est pas très bonne. Il y a une petite tache blanche à droite. Mais quand on connaît son histoire, celle d’une enfant qui vend ses jouets en pleine guerre pour rapporter un peu d’argent à sa famille, la photographie prend tout son sens. Pour tous les gens qui lisent la légende, cette photo devient très forte. J’ai aussi une anecdote concernant la photo d’un petit garçon afghan, tenant une plante dans sa main, qui est devenue l’emblème de l’ONG Aina que j’ai fondé en 2001. En 1990, alors que je travaillais pour les Nations Unies dans les provinces de Badakhshan, Takhar, Baglan, Kunduz, j’ai entendu des enfants jouer derrière moi. Je me suis retourné et j’ai vu ce garçon qui sortait de l’école avec cette petite plante dans la main. Cette plante, il avait appris à en prendre soin et à la faire pousser pour l’emporter chez lui. Il avait un regard si fier ! Quand j’ai pris la photo, je lui ai demandé : « Qu’est-ce que tu vas faire de cette plante ? ». C’est peut être pour sa réponse que j’ai fondé Aina, peut être pour sa réponse que je retourne encore dans ce pays. Il m’a dit : « Je vais en faire un arbre ». Aujourd’hui, alors que l’écologie et les notions d’environnement, de vert sont à la mode, j’ai vu des centaines d’imitations de cette photographie. Des enfants ou des hommes qui tiennent des plantes de la même façon que ce petit garçon afghan. Cette image est utilisée pour servir beaucoup de projets verts, écologiques. Tant mieux !
10/ Quel photo connue auriez-vous aimé réaliser ?
Qu’est ce que je peux répondre à ça ? C’est une question assez idiote. Dans chaque photo transparaît la personnalité du photographe. Une photographie est l’expression de cette personnalité. Cette question revient à demander « à la place de quel photographe voudriezvous être? ». Je crois que tous les photographes connus, ou que je connais, sont déjà bien à leur place et je n’ai pas envie de la leur prendre.
11/ Un appareil photo fétiche ?
Mon oeil. Évidemment, dans les années de film argentique, c’était Leica.
12/ Remerciements
À tous les gens que j’ai photographié. Qui m’ont offert leur âme, ouvert leur coeur ou leur maison.
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